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Le combat silencieux des femmes de Bodjé-Fotowi

La région des Plateaux Dans la localité de Bodjé-Fotowi situé à 140km de Lomé, au cœur de la région des Plateaux, la vie repose essentiellement sur l’agriculture. Les femmes appartenant au groupe “Assimilé assimé”, elles travaillent la terre, sans outils, dans un effort physique constant. Mais depuis quelques années, le changement climatique a profondément bouleversé leurs habitudes : l’eau se fait rare, la rivière s’assèche et les cultures de riz et d’igname ont presque disparu. Malgré la présence de deux forages, l’accès à l’eau reste difficile, les fontaines tombent fréquemment en panne et les activités de jardinage ont été abandonnées. Cette pénurie entraîne de longues périodes d’arrêt et une grande fatigue, poussant les femmes à chercher des alternatives moins éprouvantes pour continuer à faire vivre leurs familles.

Entre agriculture, projets d’avenir et réalités du terrain Malgré ces contraintes, la communauté garde l’envie d’avancer. Avec l’appui de CLEF, plusieurs pistes ont été évoquées pour diversifier les sources de revenus : couture, fabrication de fourneaux, transformation de l’huile de palme. Ces activités sont encore à l’état de propositions, mais pourraient offrir une alternative au travail champêtre, à condition de disposer d’équipements adaptés, notamment d’une machine pour décortiquer les noix. Un tableau a été offert pour soutenir le projet d’alphabétisation, première étape vers plus d’autonomie, et un compte bancaire collectif a été ouvert afin d’éviter de conserver trop de fonds sur place. Le chef du village produit également du sodabi, contribuant à l’économie locale. Les femmes vendent leurs produits au marché de Bodjé, situé à environ cinq kilomètres, qu’elles rejoignent à pied ou parfois en zem. Un projet de marché local, porté par le chef du village, prévoit un espace d’approximativement trois hectares. Ce futur marché pourrait profiter aux villages environnants et faciliter l’écoulement des produits, mais faute de moyens financiers, il reste pour l’instant en attente. Une proposition de location de chaises à moitié prix pour générer des revenus a également été faite, mais n’a pas encore été mise en œuvre, illustrant le besoin d’accompagnement pour transformer les idées en actions concrètes.

Eau, santé et vulnérabilités multiples Les difficultés du village ne s’arrêtent pas là. Le manque d’eau potable et l’absence de latrines restent des problèmes majeurs. La Croix-Rouge intervient occasionnellement pour des actions de sensibilisation à la santé, mais les besoins demeurent importants. En saison des pluies, les inondations compliquent les déplacements et les activités en saison sèche, la pénurie d’eau paralyse les cultures. Un système d’irrigation et une formation à la gestion de l’eau pourraient offrir des solutions durables. À cela s’ajoutent les dégâts causés par les animaux dans les champs, ainsi que les problèmes récurrents de transhumance, parfois sources d’affrontements et de pertes humaines, même si la situation s’est légèrement apaisée. Malgré tout, les femmes de Bodjé-Fotowi avancent, portées par une solidarité forte et une détermination silencieuse. Des priorités claires pour construire demain Leurs besoins sont simples, mais essentiels : un accès durable à l’eau, des équipements pour alléger le travail, des activités génératrices de revenus moins physiques, et un accompagnement vers plus d’autonomie. Soutenir Bodjé-Fotowi, ce n’est pas seulement répondre à des urgences, c’est investir dans une communauté qui refuse de baisser les bras, même lorsque la terre devient dure. CLEF reste engagée aux côtés de ces femmes, convaincue que chaque action, aussi modeste soit-elle, peut devenir une graine d’espoir pour l’avenir.