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Les potières de Bolougan : préserver un héritage ancestral face aux défis du temps

À une cinquantaine de kilomètres au nord de Lomé, dans la région maritime du Togo, s’étend la commune Bolougan. Niché dans un environnement naturel luxuriant, non loin de la ville de Tsévié, ce territoire regroupe plusieurs villages unis par un héritage commun : la poterie. Ici, la terre a offert aux habitants une argile d’une qualité exceptionnelle, donnant naissance à un savoir-faire ancestral transmis de mère en fille depuis des générations. La poterie, exercée presque exclusivement par les femmes, a longtemps été une activité vitale. Elle a nourri et continue de nourrir des milliers de foyers, tout en contribuant à la richesse culturelle et à la diversité du patrimoine togolais. À Bolougan, de la terre et des mains des femmes est née une activité qui a ajouté une valeur inestimable à l’humanité.

Une tradition en danger Aujourd’hui pourtant, cette tradition s’essouffle. Les femmes potières font face à des conditions de travail de plus en plus difficiles. Les techniques de production sont laborieuses et physiquement éprouvantes. Premièrement, l’extraction de l’argile est un service qui coûte, aux artisanes, de plus en plus cher à mesure que l’argile, impacté par le changement climatique et sa surexploitation, se raréfie. Il est non seulement plus cher mais il faut aussi aller de plus en plus loin des carrières habituelles appauvries. Elles sont aussi appelées “argilières”. De plus, certaines femmes, interrogées par nos soins, achètent parfois à crédit leur matière première témoignant de la rudesse de l’activité. Deuxièmement, la cuisson des pots et autres ustensiles représente l’un des plus grands défis. Réalisée à ciel ouvert, à l’aide de petit bois et de paille, une ressource de plus en plus rare et coûteuse, elle expose les femmes à une chaleur intense et à une fumée nocive. D’après nos observations, aucune protection de type masque, lunette, gant ou tablier ne sont portés pendant tout le processus de fabrication. Ces conditions entraînent de sérieux problèmes de santé. D’ailleurs, nous avons relevé des problèmes de voies respiratoires et de yeux irrités, de douleurs musculaires, de fatigue, de peau abîmée qui sont, selon les témoignages, rarement traités en centre médicalisé sauf en cas d’urgence absolue. Combiné à un travail parfois quotidien du lundi au dimanche, ces symptômes perturbent leur cycle de production et entraînent des surcoûts pour ces artisanes qui se permettent rarement de prendre du repos. À cela s’ajoute la difficulté de la commercialisation. Les pots sont transportés à la tête jusqu’au marché de Tsévié ou, pour les plus chanceuses, par taxi-moto. Une fois sur place, les femmes sont contraintes de vendre leurs produits à des prix très bas, souvent inférieurs au coût de revient. Faute d’alternatives, elles acceptent ces conditions pour pouvoir rentrer le soir avec de quoi nourrir leur famille, au risque de voir leurs pots invendus volés ou cassés.

Un chemin encore à parcourir Malgré ces avancées, le chemin reste long. Les défis liés à la sécurité alimentaire, à l’hygiène et à l’assainissement persistent. L’accompagnement doit se poursuivre pour permettre aux femmes de Bolougan de vivre dignement de leur travail et de transmettre leur savoir-faire aux générations futures. Le voyage s’achève sur une note d’espoir. À Bolougan, ces femmes travailleuses ont fait le choix de regarder plus loin, de remettre en question certaines habitudes et de se surpasser. Elles croient que les richesses du passé peuvent continuer à vivre, que le progrès, lorsqu’il est guidé par la conscience, peut servir l’humanité, et que leur travail, soutenu et valorisé, peut contribuer à bâtir un monde plus juste et plus durable.